Une trace verte est presque toujours une algue, favorisée par une façade nord et une humidité qui stagne. Une trace noire peut être biologique. Mais quand elle descend en coulure sous une fenêtre, c’est un défaut d’écoulement. Une trace blanche est soit un sel remonté du sol, soit une finition en fin de vie. Une coulure orangée sous une vis signale une visserie non conforme. Identifier avant de laver évite de nettoyer trois fois la même chose.
La plupart des propriétaires font la même chose devant une façade qui se salit. Ils sortent le nettoyeur haute pression et l’antimousse, ils frottent. Douze mois plus tard, la trace est revenue au même endroit.
C’est logique. Une salissure de bardage n’est presque jamais de la saleté. C’est un symptôme. Il en existe cinq familles, avec des causes complètement différentes.
Pourquoi un bardage se salit-il vraiment ?
On imagine volontiers de la pollution, de la poussière, des gaz d’échappement. Dans les faits, l’essentiel des décolorations de façade est vivant. L’Agence Qualité Construction classe ces salissures en quatre familles, les algues, les champignons, les mousses et les lichens, toutes dépendantes d’une même condition, une humidité durable en surface.
Ce qui les nourrit tient en trois paramètres. L’exposition d’abord, puisqu’une façade nord ou nord-est sèche plusieurs heures plus tard qu’une façade sud. La porosité du matériau ensuite, un bois brut ou un enduit retenant l’eau bien davantage qu’un laquage lisse. Et la proximité de végétation ou d’un sol qui rejaillit au pied du mur.
Un détail change tout et personne ne le dit. Ces organismes ne se contentent pas de se poser sur le bardage. L’AQC précise que les algues insèrent leurs cellules dans les pores du support et que les lichens y enfoncent leurs thalles sur plusieurs millimètres. Tous sécrètent des acides organiques.
Autrement dit, un simple lavage de surface enlève la couleur sans toucher ce qui est ancré dans la matière. D’où le retour rapide.
Les traces vertes, le cas le plus fréquent
Vert franc, aspect légèrement gras au toucher, présence marquée en pied de mur et sous les débords de toiture. Ce sont des algues, éventuellement accompagnées de mousses dans les zones les plus humides.
Elles apparaissent d’abord là où l’eau stagne le plus longtemps. La façade nord évidemment. Mais aussi les trente premiers centimètres au-dessus du sol, les zones masquées par une haie, enfin les parties abritées de la pluie battante qui ne bénéficient jamais du rinçage naturel.
Le traitement dépend entièrement du matériau. C’est là que beaucoup se trompent. Un antimousse adapté à un bardage aluminium peut abîmer une pierre naturelle. Une pression correcte sur du composite fait éclater du bois tendre. Avant d’acheter le moindre produit, il vaut mieux vérifier la méthode correspondant à votre revêtement pour nettoyer son bardage extérieur sans dégrader la finition. Uniso, par exemple, plafonne le nettoyeur haute pression à 120 bars sur ses bardages aluminium, avec une buse à 15 degrés et une distance de soixante centimètres.
Retenez surtout une chose. Retirer le vert sans corriger ce qui entretient l’humidité revient à recommencer chaque printemps.
Les traces noires ne racontent pas toutes la même histoire
C’est la famille la plus mal comprise, parce qu’elle recouvre trois phénomènes sans aucun rapport entre eux. La forme de la trace suffit à trancher.
| Aspect de la trace | Cause probable | Ce qu’il faut faire |
|---|---|---|
| Voile sombre diffus, réparti sur toute une façade | Champignons ou cyanobactéries, humidité prolongée | Traitement biocide puis rinçage basse pression |
| Coulure verticale nette sous un appui, une gouttière ou une arête | Défaut d’écoulement de l’eau | Corriger le point d’eau avant de nettoyer |
| Dépôt gris mat dans une zone jamais mouillée par la pluie | Pollution atmosphérique, suies | Lavage doux, réapparition lente |
La deuxième ligne mérite qu’on s’y arrête, parce que c’est le cas le plus courant sur une maison individuelle. Une coulure noire qui part exactement sous un appui de fenêtre et qui descend en éventail ne vient pas d’un manque d’entretien. Elle vient d’un appui sans pente suffisante ou dépourvu de larmier, ce petit sillon sous le débord qui force la goutte à tomber au lieu de longer le mur.
Nettoyez, la trace revient au même endroit dans l’année. Corrigez l’appui, elle ne revient plus.
Les traces blanches, deux phénomènes à ne pas confondre
Elles se ressemblent de loin et n’ont rien à voir. Un test au doigt les sépare en trois secondes.
Les efflorescences
Voile blanc pulvérulent, localisé en partie basse, parfois appelé salpêtre. Ce sont des sels minéraux dissous par l’humidité du sol, remontés par capillarité dans le support maçonné, puis cristallisés en surface quand l’eau s’évapore.
Deux indices ne trompent pas. Le phénomène reste cantonné au bas du mur et il réapparaît après chaque épisode pluvieux. Le nettoyer ne sert quasiment à rien tant que la remontée d’humidité n’est pas traitée.
Le farinage
Passez la main sur la lame. Si vos doigts ressortent couverts d’une poudre fine de la couleur du bardage, ce n’est pas une salissure. C’est le liant du laquage ou de la peinture qui a été détruit par les ultraviolets et qui libère les pigments.
Le farinage signale une finition en fin de vie, pas un défaut d’entretien. Sur un bardage laqué, il annonce qu’un ravivage ou une remise en peinture arrive dans les années qui viennent. Le laver ne le fera pas disparaître, il en enlèvera juste une couche.
Coulures brunes ou orangées, souvent un défaut de pose
C’est la famille la plus instructive, parce qu’elle raconte presque toujours quelque chose sur la façon dont le bardage a été monté.
Une coulure orangée qui part précisément sous chaque vis ou chaque pointe désigne une visserie qui rouille. Le NF DTU 41.2 impose des fixations en acier inoxydable sur les bardages bois, précisément pour cette raison. Une vis ordinaire tache la façade en quelques mois et continuera de le faire tant qu’elle sera en place.
Une teinte brune diffuse sur toute la lame, en revanche, relève du tanin. Les bois qui en sont riches, mélèze, châtaignier, chêne ou red cedar, en relarguent lors des premières pluies. Le phénomène est normal et s’estompe en une à deux saisons.
Cas particulier à connaître, la tache bleu-noir qui auréole une fixation. Elle résulte de la réaction du tanin avec le fer et confirme, elle aussi, une visserie non conforme.
Reste la coulure franchement rouge orangé, plus fréquente en bord de mer et sur les façades nord. Il s’agit d’une algue, la Trentepohlia, dont les pigments caroténoïdes donnent cette couleur inattendue pour un organisme végétal.
Quand la salissure signale un défaut de ventilation
Un bardage n’est pas collé au mur. Il repose sur une ossature qui ménage derrière lui une lame d’air. Cette lame fait tout le travail de séchage.
Le NF DTU 41.2 en fixe les règles pour les bardages bois. Vingt millimètres d’épaisseur au minimum entre le pare-pluie et les lames, des entrées basses et des sorties hautes offrant au moins cinquante centimètres carrés par mètre linéaire, des grilles anti-rongeurs en haut comme en bas, enfin une garde au sol de vingt centimètres pour éviter les rejaillissements.
Quand cette ventilation se bouche, l’humidité reste piégée derrière le bardage et ressort par l’avant. Les signes sont reconnaissables. Un verdissement concentré en pied de façade alors que le reste du mur est propre. Des lames qui tuilent ou se déforment. Une odeur d’humidité perceptible à proximité d’une grille basse.
Les coupables habituels sont un tas de terre ou de gravier remonté contre le mur, une grille basse colmatée par des feuilles, un nid d’oiseau dans la sortie haute, un terrassement de jardin qui a réduit la garde au sol sans que personne y pense.
Une inspection annuelle des grilles hautes et basses prend dix minutes. C’est probablement le geste d’entretien le plus rentable sur une façade bardée.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire
Quatre réflexes coûtent cher et reviennent constamment.
L’eau de Javel arrive en tête. Elle décolore le vert en quelques heures, ce qui donne l’illusion d’un résultat, sans détruire ce qui est ancré dans le support. La colonisation repart plus vite qu’avant. Le produit attaque au passage les joints, le bois et la végétation en pied de mur.
La haute pression mal dosée vient ensuite. Elle creuse le bois tendre, décolle les lichens en laissant leurs racines, puis fait entrer de l’eau derrière les lames. Sur la pierre naturelle, elle est simplement à proscrire.
Traiter en plein soleil est la troisième erreur. Le produit sèche avant d’agir et peut marquer définitivement une surface laquée.
La dernière est la plus fréquente. Nettoyer un symptôme sans corriger sa cause. Une gouttière percée, un appui sans larmier ou une grille de ventilation obstruée reproduiront la même trace, au même endroit, aussi longtemps qu’ils resteront en l’état.
Lire sa façade avant de la laver
Faites le tour de la maison avant de sortir le moindre produit. Regardez la forme des traces, leur emplacement, ce qui se trouve juste au-dessus. Puis passez la main dessus.
Un voile vert en pied de mur nord n’appelle pas le même geste qu’une coulure sous une fenêtre ou qu’une poudre blanche sur une lame laquée. Dans deux cas sur trois, le nettoyage n’est que la seconde moitié du travail. La première consiste à supprimer ce qui entretient l’humidité.
Un bardage bien ventilé, dont les points d’écoulement fonctionnent, se salit lentement et se nettoie vite. C’est tout l’inverse d’une façade qu’on frotte chaque printemps sans jamais comprendre pourquoi.